28 novembre 2008
Qu'était-ce ?
Nouvelle écrite par Fitz-James O'Brien
Quatrième de couverture :
"Un Quelque-Chose tomba à plomb, à ce qu'il parut, du plafond de ma poitrine, et l'instant d'après je sentis deux mains osseuses entourées ma gorge, essayant de m'étrangler?
Je ne suis point lâche, et je possède une force physique considérable. Le caractère subit de l'attaque, au lieu de me stupéfier, tendis chacun de mes nerfs au plus haut degré. Mon corps agit d'instinct, avant que mon cerveau n'eût le temps de comprendre l'horreur de ma position. En un instant, j'enlaçais de mes deux bras musclés la créature et la serrai contre ma poitrine avec l'énergie du désespoir. Quelques secondes plus tard, les mains osseuses qui m'avaient étreint la gorge lâchèrent prise, et je fus libre de respirer à nouveau. Alors commencer uen lutte d'une violence atroce. Immergé dans l'obscurité la plus profonde ; entièrement ignorant de la nature de la Chose par laquelle j'avais été attaqué de manière si subite ; sentant à tout moment l'étreinte de mes bras se relâcher à cause, me parut-il, de l'entière nudité de mon assaillant ; mordu à l'épaule, au cou et à la poitrine par des dents pointues ; obligé à tout moment de me protéger la gorge contre deux mains musclées et agiles que tous mes efforts ne pouvaient contenir ; -voilà une combinaison de circonstances qui requérait pour la combattre tout ce que je possédais de force, de dextérité et de courage."
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Mon avis :
"Inconnu au bataillon et mort au champ d’honneur !" Telle pourrait être l’épitaphe de Fitz James O’Brien. Cet auteur d’origine irlandaise exilé aux Etats-Unis ne fut en effet guère plus reconnu de son vivant, qu’après son décès au début de la guerre civile américaine. Ses contes fantastiques sont capables de rivaliser en "extraordinaire" avec ceux d’Edgar Allan Poe. L'œuvre d'O'Brien, aux thèmes typiques du fantastique classique, semble en fait être une mosaïque ou un tissu cousu d'influences, de traditions et d'éclairs d'originalité. Ses textes, comme son fantastique, sont une sorte de corps hybride. Une complicité est instaurée entre l’auteur et le lecteur, renforcée lorsque le narrateur souligne, en début de récit, le caractère indicible de son histoire, indescriptible de son expérience : « Les événements que je me propose de relater en détail sont d’une nature tellement extraordinaire que je m’attends à rencontrer une somme peu commune d’incrédulité et de mépris. » L’aveu de ce type de difficultés remet le scripteur au niveau d’un être humain ordinaire, c’est-à-dire le lecteur. Un tel narrateur joue, de surcroît, la carte de la sincérité qui donne à certains éléments du récit le poids de la réalité, et parfois même l’illusion de l’identification avec l’auteur de l’ouvrage. L’effet de fantastique repose sur cette complicité et cette authentification passant par la réflexivité. En d’autres termes, Qu'était-ce ? s'amorce comme un récit à double interprétation (ironie du ton et rôle de l'opium) pour s'engager dans le « merveilleux noir » en balayant d'un coup les possibilités d'hésitation.
N’oublions pas que cette nouvelle fut d’une grande ressource pour Maupassant qui a concocté le Horla. Le travail d’écriture chez Maupassant dépasse de loin son modèle dans la mise en œuvre du fantastique. La nouvelle de F.-J. O’Brien donne beaucoup plus d’éléments d’explication rationnelle.
Ma note : 4/5
Lu pour le challenge ABC 2008.

25 novembre 2008
La mort d'Ivan Illitch
Ecrit par Léon Tolstoï
Quatrième de couverture :
Trois nouvelles, si morts exemplaires, dont celle d'Ivan Illitch - l'agonie la plus célèbre de la littérature. La mort, la vie et son mensonge - soit qu'au dernier moment on s'accroche encore à ce mensonge comme la vieille dame (Trois morts), soit qu'on s'en dépouille enfin, comme Ivan Illitch, soit qu'on meurt, comme l'arbre, "paisiblement, honnêtement, en beauté".
"A la grâce de Dieu. Nous y passerons tous un jour !"
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Mon avis :
Ivan Ilitch est un fonctionnaire appliqué qui a grimpé les échelons de la réussite à force de travail mais aussi de persuasion et de pression sur autrui. Son mariage, au début heureux, le rend amer. Ses collègues ne voient plus en lui qu'une réserve de services en attente. Sa vie pourrait être belle, il essaie de s'en convaincre. Jusqu'au jour où Ivan Ilitch tombe malade. Aucun médecin ne peut le soulager, la douleur ne le quitte plus et avec elle, bientôt, la mort. Les derniers jours d'Ivan Ilitch sont pour lui l'occasion, hélas tardive, de se remettre en question et de poser des questions cruciales sur ce qu'a été sa vie, ce qu'elle aurait dû être, ce qu'il aurait surtout fallu montrer. Jusqu'au bout, l'apparence est maîtresse du royaume.
Sans doute est-ce le texte le plus saisissant et le plus lucide sur la mort et la solitude du mourant. A travers un récit constamment attaché à la matérialité des faits: la maladie, l'indifférence de l'entourage, la réussite sociale, Tolstoï compose un petit traité de métaphysique. Et s'il semble donner le dernier mot au désespoir, c'est pour mieux montrer la pitoyable royauté de l'homme qui a le pouvoir d'accéder à sa propre vérité.
Ma note : 4,5/5
Livre lu pour le challenge ABC 2008.

19 août 2008
La Dame pâle
Nouvelle écrite par alexandre Dumas
Quatrième de couverture :
Au coeur des Carpathes dans le sombre château de Brankovan, les princes Grégoriska et Kostaki s'affrontent pour conquérir la belle Hedwige. Or Kostaki est un vampire qui revient chaque nuit assouvir sa soif de sang auprès de la jeune femme devenue l'objet d'une lutte sans merci entre les deux frères...
Une étrange histoire pleine de romantisme et de fantastique où l'angoisse le dispute au romanesque...
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Mon avis :
Voici un court récit (une centaine de pages), extrait des Mille et Un fantômes. Il conte les mésaventures d'Hedwige, fille d'un seigneur polonais, qui doit fuir l'avancée de l'armée russe pour se réfugier dans un couvent des Carpathes. Elle va tomber dans une embuscade, puis entre les mains d'une mystérieuse famille, les Brancovan, sur laquelle pèse une étrange malédiction...
Au fil des pages, Alexandre Dumas nous fait suivre les pas de la jeune femme, dont deux frères vont tomber amoureux, jusqu'à la mort. L'histoire est agréable, mais ne révolutionnera pas le genre. Dumas démontre, une fois encore, son talent et sa force narrative, notamment dans la description des reliefs tourmentés des montagnes du centre de l'Europe ou dans les combats à l'épée. Un fantastique diffus ici, puisqu'il ne fait réellement son apparition que dans le dernier quart du récit. Certes, il est bien question de vampires ici, et de la tradition/malédiction ancestrale qui les entoure dans les contrées de la région.
Une belle romance noire pleine de poésie, parfois de lyrisme, mais aussi de cruauté et d’une profonde tristesse.
Ma note : 3,5/5

27 juin 2008
Dracula
Roman écrit par Bram Stoker
Quatrième de couverture :
Comment Vlad III, Prince de Valachie, dont le goût immodéré pour le supplice du pal lui avait valu le sobriquet de "Tepes" (l'empaleur), est-il devenu, sous la plume de Bram Stoker, le comte Dracula ?
Comment un seigneur de la guerre mort au combat, en 1476, contre les turcs est-il devenu un "non-vivant", se nourrissant du sang de ses victimes ? Comment, enfin, le folklore du vampire s'est-il nourri des chroniques historiques ? Mystérieuse alchimie qui fit l'universel succès du roman de Stoker. Par lui, la légende, reprise à la scène et, surtout, à l'écran, est devenue mythe et a donné naissance à la saga du Prince des ténèbres.
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Mon avis :
Stoker trouva dans le folklore roumain un nom samglant pour son personnage Dracula : le prince Vlad IV. Dirigeant de la Valachie, Vlad IV est un héritier de la lignée des "Dracul", signifiant "diable" ou "dragon" suivant le sens. Sa cruauté était telle qu'elle lui valut également le sobriquet de Vlad l'Empaleur ("Vlad Tepes" en Roumain), supplice qu'il affectionnait particulièrement. Persécuteur des envahisseurs turcs et farouche représentant de l'ordre et de la loi, Vlad Dracul extermina des populations entières, hommes, femmes, enfants. Les méfaits de Dracul le firent passer pour un "vampyr" (diable en Roumain) suite à un pacte supposé avec le Seigneur des Ténèbres.
Fort de ces références, Bram Stoker écrit et publia en 1897 ce qui deviendra l'un des piliers de la littérature vampirique. Rédigé sous la forme d'un roman épistolaire, par lettres, articles et journaux intimes interposés, Dracula peut se découper en plusieurs parties. La première, intitulée d'ailleurs « l'invité de Dracula » narre la rencontre du Comte Dracula et de Jonathan Harker. Cette partie ne révèle pas encore la nature du Comte, mais ces détails troublants et l'achèvement de cette partie ne laissent aucun doute sur sa nature diabolique. Ensuite une autre partie introduit d'autres personnages fondamentaux du roman : Mina Murray (future Mina Harker...), son amie Lucy Westenra et bien entendu le Dr Van Helsing. A cela s'ajoute le Dr Seward qui traite un curieux patient, Renfield, dans son hôpital psychiatrique. Fascinant malade mental, Renfield entretiendra au fil du roman une liaison télépathique avec Dracula. Tous ces personnages vont tour à tour passer de l'incrédulité à l'engagement dans une croisade purificatrice contre le monstre assoiffé de sang qui a bouleversé leur vie. Enfin, la dernière partie est consacrée au combat final contre Dracula...
Dracula est un monument de la littérature vampirique, mené de main de maître par un auteur. Le style épistolaire permet au lecteur d'évoluer au même rythme que les protagonistes. Dracula inspira de nombreuses autres oeuvres. Citons Anne Rice, chez qui l'on retrouve l'élégance et le raffinement, mais aussi le caractère impitoyable de ces créatures.
Ce roman a fait également l’objet de nombreuses interprétations/adaptations cinématographique. De la Hammer à Coppola, de Bela Lugosi à Gary Oldman, Dracula a marqué les écrans comme la littérature. Pour moi, la plus fidèle adaptation reste celle de Coppola. Non content de respecter le livre, Coppola suit la démarche de Stoker en interprétant à son tour certains passages de l'œuvre.
Ma note : 4,5/5

20 mai 2008
Contes et récits fantastiques
Recueil de nouvelles par Théophile Gautier
Quatrième de couverture :
Fables de vampires, histoires de doubles et de sortilèges, ce recueil évoque par bien des traits une taverne allemande d'Hoffmann, avec ses monstres inquiétants et ses fantômes grinçants. On y retrouve, en effet, les thèmes chers à la première génération romantique, et notamment sa fascination venu d'Ecosse ou de Rhénanie? A ceci près, cependant, que Théophile Gautier imprime sa marque propre à cet univers trouble de la rêverie humaine : chaque récit reçoit un supplément d'angoisse et de surnaturel qui renforce sa dimension fantastique et l'agrémente d'un surcroît de mystères.
L'un des proches de Théophile Gautier avait affirmé que "c'était peu de dire qu'il était superstitieux, il était la superstition même..." Ces contes et récits fantastiques en sont la parfaite illustration. Derrière le bon vivant se cache en fait un homme taraudé par les sombres figures de l'irrationnel. A sa manière, peut-être, un devancier de Breton, Nadja, lequel dénonce la vanité de "la conventionnelle opposition de la folie et de la raison qui se refuse à faire la part de l'irrationnel".
Ce volume comprend : La Caphetière, Omphale, La Morte Amoureuse, La chaîne d'or ou L'amant partagé, Un nuit de Cléopâtre, La toison d'or, Le Pied de momie, Le Roi Candaule, Arria Marcella, Avatar, Jettatura.
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Mon avis :
L’auteur nous offre ici un recueil de douze nouvelles fantastiques dans lesquelles se mêle beaucoup de mysticisme et d'étrangeté. Les personnages semblent inquiétants au premier abord. Mais bien vite, le lecteur est pris par le vertige de cette littérature fantastique et n'a plus qu'une envie: tourner la page pour connaître la suite et la fin du récit.
La Morte amoureuse est sans conteste la nouvelle la plus réussie de ce recueil, au sens où elle est la plus approfondie. On en oublie presque la limite entre délire et réalité. C’est le récit des aventures d'un jeune prêtre amoureux d'une femme-vampire. Celui-ci renverse les codes moraux en présentant un religieux sous l’aspect de démons et le vampire sous celui d’un ange.
Dans ses récits, Gautier mêle ironie et poésie, amour et humour ce qui leurs confèrent une sensibilité touchante et pleine de grâce.
Ma note : 4,5/5
Lu pour le challenge ABC.

28 avril 2008
Histoires extraordinaires
Recueil de nouvelles écrit par Edgar Allan Poe
Quatrième de couverture :
Baudelaire avait raison : ces nouvelles sont extraordinaires.
Un homme ateind la lune en ballon, un autre tranforme en or les vils métaux, les morts apparaissent pour entraîner les vivants au tombeau, les malédictions s'accomplissent.
Edgar Allan Poe était fasciné par le rêve, le spiritisme, la métenpsycose mais aussi les sciences. Il a créé un monde irréel d'autant plus envoûtant que le fantastique est peint avec logique et minutie.
Cet écrivain américain ressentit toute sa vie la perversité qui existe en tout être. L'homme est sans cesse et à la fois homicide et suicide, assassin et bourreau.
"Edgar Poe a emprunté la voie royal du grand art. Il a découvert l'étrange dans le banal, le neuf dans le vieu, le pur dans l'impur. Voilà un être complet", disait Valéry.
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Mon avis :
Histoires extraordinaires est un recueil de contes et de nouvelles écrit par Edgar Allan Poe. Charles Baudelaire nous livre ici une traduction digne de ce nom.
Ce volume contient :
- Edgar Poe, sa vie et ses oeuvres - Double Assassinat dans la rue Morgue - La Lettre volée - Le Scarabée d'or - Le Canard au ballon - Aventure sans pareille d'un certain Hans Pfaall - Manuscrit trouvé dans une bouteille - Une descente dans le Maelstrom - La Vérité sur le cas de M. Valdemar - Révélation magnétique - Souvenirs de M. Auguste Bedloe - Morella - Ligeia - Metzengerstein -
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Ce recueil de nouvelles traduit par Baudelaire est une merveille d'écriture, tant sur le font que sur la forme. Les histoires zigzaguent entre fantastique, épouvante et enquête. Il règne toujours une atmosphère particulière et ensorcelante. Chaque nouvelle contient sa part de sordide, d'humour noir et de macabre... L’auteur confère une telle intelligence à ses récits qu’on ne peut que passer à la suite.
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Ma note : 4/5

18 avril 2008
Le Fantôme de Canterville et autres contes
Contes écrit par Oscar Wilde
Quatrième de couverture :
Oscar Wilde bouscule les fantômes, rends comique les assassinats. Son humour rose ou zinzolin colore le genre noir. Dans une ambiance très chic, situations surprenantes et traits d'esprit se multiplient. Wilde enjôle l'Ange du Bizarre de Poe. Irrévérencieux à l'égard de la terreur et du mystère, il crée un fantastique fantasque avec l'élégance pince-sans-rire d'un dandy qui aurait pourtant de la tendresse à revendre.
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Mon avis :
C'est un recueil de quatre contes fantastiques, dans lesquels s’illustre le génie de Wilde : Le fantôme de Canterville, Le Crime de Lord Arthur Savile, Le Millionnaire Modèle et Le sphinx sans secret.
Le plus célèbre, Le fantôme de Canterville, met en scène une famille de riches américains, les Otis, qui acquièrent le château de Lord Canterville, malgré les mises en garde de ce dernier au sujet de l’effrayant fantôme, Sir Simon, qui sème la mort et la folie. Loin de se laisser impressionner par les facéties du spectre, les Otis se transforment en bourreau pour Sir Simon de Canterville qui devient la victime de leurs mauvais tours.
Derrière l’humour anglais, l’ironie et le comique de situations, se distingue une critique des sociétés anglaise et américaine mais surtout une caricature de ces deux cultures : d’une part le conservatisme britannique, attaché à ses valeurs ancestrales et d’autre part, le modernisme et le matérialisme des américains.
Les quatre contes de cet ouvrage bénéficient d’une magnifique écriture très poétique. Tout en finesse, ils délivrent morales et messages forts.
Ma note : 4/5

17 avril 2008
Frankenstein ou le Prométhée moderne
Roman écrit par Mary W. Shelley
Quatrième de couverture :
Lorsqu'en 1817, en villégiature au bord du lac Léman avec son mari, le poète Shelley, et leur illustre ami Byron, une jeune femme de vongt ans entreprend d'écrire ce roman, ni elle ni ses proches ne peuvent imaginer qu'il deviendra un des plus grands mythes de la littérature mondiale, auquel, un siècle après, le géni de l'acteur Boris Kardoff devait donner un inoubliable visage.
Mais paradoxalement, le succès même de l'oeuvre a contribué à en masquer le souvenir derrière l'arsenal souvent factice du cinéma d'épouvante. C'est pourquoi il faut lire ou relire, sous sa forme originelle, la confession du docteur Frankenstein, et l'aventure tragique qui, commencée dans une paisible université suisse, le mènera dans les glaces de l'Arctique, où s'enfonce le monstre auquel il a donné la vie...
Renouant d'instinct avec des thèmes universels - le golem, l'apprenti sorcier, et, à bien des égards, l'histoire de Faust -, anticipant des questions encore très actuelles sur la "part maudite" de la science, ce roman est aussi le drame d'une créature consciente, qui se sait privé de l'humanité et de la grâce. La haine qu'elle vouera à son créateur ne fait que refléter un infini désespoir.
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Mon avis :
C’est le récit d'une tentative d'exploration polaire par Robert Walton qui trouve Victor Frankenstein, le scientifique, flottant sur un morceau d'iceberg et le prend à son bord. A partir de là, la narration passe tout naturellement au point de vue de Frankenstein. Il raconte l'histoire de sa jeunesse, de son éducation et la création du monstre.
Le roman gothique prend ici toute sa définition et ce sont les fondations de l'histoire d'horreur moderne qui sont posées ici. Mary Shelley est la femme du poète romantique Shelley, et ça se sent : le roman est bâti dans un style romantique du début du 19ème siècle. L'histoire est ainsi plus profonde que celle à laquelle on s'attendait : réflexion sur la condition humaine et la place de l’homme dans la société [par le biais du monstres], sur la création et ses responsabilités [Le Dr Frankenstein se laisse dépasser par son ambition scientifique et devient un Prométhée moderne (Prométhée a volé le feu aux dieux pour le donner aux hommes: une audace qui lui vaut le pire des châtiments)]. Le bonheur en fin de compte ne se trouve-t-il pas dans l'existence la plus simple? C'est ce que met en exergue l'auteur.
Lorsque l'on lit Frankenstein, on doit laisser de côté les stéréotypes et la vision fantaisiste de Frankenstein tel qu'il est décrit dans les films. En effet, Frankenstein n'est pas le nom du monstre, celui-ci n'a, en fait, pas de nom. L'autre différence majeure entre le roman et certaines versions cinématographiques réside dans le fait que le monstre ne souhaite pas agresser les gens en premier lieu, bien au contraire.
Ma note : 4,5/5

07 mars 2008
Le protrait de Dorian Gray
D'Oscar Wilde
Quatrième de couverture :
"Au centre de la pièce, fixé à un chevalet droit, se dressait le portrait en pied d'un jeune homme d'une extraordinaire beauté physique, devant lequel, à peu de distance, se tenait assis le peintre lui-même, Basil Hallward, celui dont, il y a quelques années, la disparition soudaine a, sur le moment, tant ému le public et donné lieu à d'étranges conjecture."
Or Dorian Gray, jeune dandy éducteur et mondain, a fait ce veau insensé : garder toujours l'éclat de sa beauté, tandis que le visage peint sur la toile assumerait le fardeau de ses passions et de ses péchés. Et de fait, seul vieillit le protrait où se peint l'âme noire de Dorian qui, bien plus tard, dira au peintre : "Chacun de nous porte en soi le ciel et l'enfer."
Et ce livre lui-même est double : il nous conduit dans un Londres lugubre et louche, noyé dan le brouillard et les vapeurs d'opium, mais nous ouvre également la comédie de salon des beaux quartiers. Lorsqu'il parut, en 1890, il fut considéré comme immoral. Mais sa singularité, bien plutôt, est d'être un roman réaliste, tous ensemble, et un roman d'esthète - fascinant, l'un et l'autre, d'une étrangeté qui touche au fantatique.
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Mon avis :
Ce roman a pour héros, Dorian Gray, un dandy émerveillé par sa jeunesse et sa beauté, et qui mène une vie dissolue.
Basil Hallward, son ami peintre, exécute son portrait. Dorian, admirant le tableau, tremble en pensant à sa jeunesse que le temps va emporter. Erreur funeste, car son vœu sera exaucé : l'aristocrate anglais va, certes, pouvoir rester éternellement jeune, mais son portrait vieillira à sa place et sera progressivement marqué par les ans, les vices et les crimes.
Mesurant mal les conséquences de ce pacte, Dorian Gray célèbre les joies du temps présent. Libéré de tout obstacle, il goûte les plaisirs faciles. Très rapidement, il est gagné par la débauche et la dépravation et ne prône que jouissance, cynisme, et perversion. Incapable d'éprouver le moindre remords, il ne craint pas de devenir un assassin. Si les années passent, le visage éblouissant de Dorian Gray, lui, ne subit aucune altération. C'est son portrait, protégé de tout regard, qui accumule les stigmates de sa dépravation.
Un soir, Dorian Gray prend peur devant cet horrible tableau. Dans un geste désespéré, il le lacère avec un poignard. Au même moment son visage se métamorphose en celui du vieillard qu'il aurait dû être, abîmé par les cicatrices de la débauche. Le portrait, lui, reprend son éclat originel : celui d'un jeune homme à la beauté insolente.
Quel ouvrage ! Quel talent !
Je ne peux que conseiller cette lecture si grandiose. Commencer, on ne peut s’arrêter. Et la chute est merveilleuse, moralisatrice et remarquable. Je suis sous le charme du style de Wilde. Un livre époustouflant, à lire et à relire.
Ma note : 5/5
Ce livre a été lu pour le challenge ABC 2008.

19 février 2008
Le Club du suicide
De R.L. Stevenson
Quatrième de couverture :
Toujours en quête d'aventures extravagantes, le prince Florizel et son compagnon, le colonnel Géraldine, rencontrent un soir un étrange jeune homme qui les convie à une soirée au Club du suicide. Les deux amis découvrent avec horreur et fascination un diabolique jeu de cartes où seul gain est la mort...
Une histoire aussi inquiètante qu'ironique par l'auteur de L'étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde.
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Mon avis :
L’histoire se déroule dans une demeure bourgeoise à l’abri des regards, à Londres. Pour 40 livres, les désespérés sont reçus par le président du club du Suicide pour un entretien préalable où ils doivent faire la preuve de leur désir de mort. C’est une partie de carte qui décide de qui verra son souhait réalisé parmi l’assemblée des membres. Le principe est machiavélique : celui qui tire l’as de pique obtient ce qu’il recherchait, tandis que celui qui tire l’as de trèfle est désigné pour être son bourreau. Tout candidat au suicide est donc également candidat au meurtre.
Il se trouve que le hasard a conduit le Prince Florizel de Bohême, en perpétuel recherche de sensations nouvelles et fortes, jusqu’à la porte de ce lieu de perdition. Ce qu’il y découvre l’horrifie et il va tout faire pour empêcher ce sinistre commerce.
Stevenson ouvre un ensemble de (trois) récits fantastiques et rocambolesques. Chaque récit met en scène le prince de Bohême dans une nouvelle péripétie à Londres, Paris ou Edimbourg. Il pourchasse le crime à travers l’Europe et vient en aide aux personnes prisent au piège. Les personnages sont exquis avec leurs traits typiquement britanniques, qui ne se départissent jamais de leur maîtrise de soi, de leur humour et de leur politesse délicate. A travers ces nouvelles et ce personnage qui remet les pendules à l’heure partout où il passe, Stevenson entendait raisonner les jeunes aristocrates désabusés de son époque.
Ma note : 3/5





















